Ecritures et Ratures, partages proposés par yves ughes

essayages

24 février 2008

couloir

Filed under: écritures, en vrac - mise à quai — ughes @ 17:42

Annick Lesimple. Histoire vraie.

en écho, ce texte :

Couloir

dans le déhanchement des temps s’installait le réveil des heures malades et je m’en allais avec pour tout culte du corps un simple gospel
dans les cris acquis : un refus éraillé des amis des êtres

ces syllabes conçues comme cordons ombilicaux pendaient après coup sur des cuisses alanguies
répétées répercutées sur des murs troubles

installé comme à chaque fois que tu m’appelles
ô chant du désert tel un égorgement dans le sable ce cri de sang ce déhanchement du temps et des voix amies
cette façon de glisser le long des parois vocales et des cordes par les sons frottées

et tu seras là au bout des couloirs comme transfusion donnée par des poches rauques et saines

tu seras

déchirement du malheur et tempo à la fois accessible dans le temps cireux des caravanes des oasis conçues dans la raucité
arrachées puis attachées remontant de là comme de tes hanches amoindries
pour aller vers le choeur donné par les autres
crépusculaires et d’aurore pourtant

tu seras l’arc donné
fournie par ces cheveux au loin défaits et ces hanches courbées dans l’offrande d’un jour
ô mon amour remontée de tes chambres et retranscrite en masques stériles
ainsi déhanchée sur fond blanc

tu iras
riras dans le grès des vases horaires jour après jour modelée
au gré des veines sur tes temps dessinées

en lettres accomplies
sur la fin des temps

Ecrit ce jour, cette nuit
en écoutant Amy Winehouse
Yes I’have been black when I came back no no no

yves ughes
le 16 février 08

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27 janvier 2008

linea di confine

Filed under: écritures, en vrac - mise à quai — ughes @ 13:14

Per trastullarci un po’ io e te
A
ssistando mia madre in ospedale.

Dolcissima e smarrita creatura
Io so perché tu adori i mandarini
I mandarini profumano di allegria
Aroma familiare
Che vorrei sempre addosso

Per ogni spicchio che ti porgo annuisci
per ogni spicchio abbozzi un sorriso
Due mandarini
per inventare un gioco
per profumar la notte,
e trastullarci un po’, io e te

Spengo la luce ora
mi avvologo di silenzio
Qui è l’intimità
dove si appoggeranno i sensi,
dove acqua e sale scorreranno in viso
il tempo che
il blu si porti via l’angoscia

Ecco,
nelle onde della notte
io mi rinnovo
Addosso porto essenza di mandarino
E mille e mille volte passo la mano
su chi
con la sua mano
mi ha riscaldato un tempo

Paola Bonetti. 2 gennaio 2008. Ore 2.30

Pour s’amuser un peu, toi et moi
Assistant ma mère hospitalisée

Très douce et disparue créature
Je sais pourquoi tu adores les mandarines
Des mandarines émane un parfum d’allégresse
Arôme familier
Que je voudrais toujours sur moi

Tu consens à chaque quartier que je te tends
pour chacun des quartiers tu esquisses un sourire
Deux mandarines
pour inventer un jeu
pour parfumer la nuit
pour s’amuser un peu, toi et moi

J’étais maintenant la lumière
et m’enveloppe de silence
Ici est l’intimité
dans laquelle s’appuieront les sens,
d’où l’eau et le sel glisseront sur le visage
le temps que
le bleu emporte l’angoisse

Voici,
dans les vagues de la nuit
je me recompose
je porte sur moi l’essence de mandarine
et mille et mille fois je passe ma main
sur celle qui
de sa main
m’a il y a longtemps  réchauffé.

Paola Bonetti. 2 janvier 2008. 2h 30

(j’aime que ce blog soit ainsi troué par des langues différentes. Et par diverses approches poétiques. celle de Paola saisit des instants infinitésimaux, par glissements successifs. Qu’elle soit remerciée pour la confiance mise en ma traduction)

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10 décembre 2007

dans les ramas

Filed under: écritures, en vrac - mise à quai — ughes @ 22:37

c’est un lieu, le lieu de culte de l’Eglise Réformée de Grasse, mais également un lieu culturel accueillant chaque mois conférences, rencontres musicales et poétiques.
Ce 29 novembre, c’est Alain Freixe qui présentait son dernier livre -publié aux Editions de l’Amourier-, dans les ramas.
Présentation par Jean-Marie Barnaud, évocation pudique et profonde des années de travail commun.
Explication du titre.
Présentation de nombreux extraits.
Lecture âpre, intense.
Et toujours cette question lancinante du noir, de la mélancolie, de la gravité.
Finalement, encore et pourquoi "des poètes en ces temps de détresse ?"

un extrait, comme approche possible :
Le froid,

je l’ai revu dans les terres blanches. Rondes de neige tombée. De silence amassé. De lumière décolorée. J’ai peur. C’est la fatigue. Alors je reste près des arbres. Sous le ciel blanc. J’attends que passent les mots qui dans la bouche tordent la gorge sur soi. Desserrent la trachée. La lavent. Et roulent jusqu’aux dents. S’amassent sous la langue.
Plus tard, on toussera. On crachera même quelques traces, histoire d’éclaircir le coeur à ces blessures.
Et dans notre pas glissé s’inventera la route. Entre blocs de neige glacée, racines arrachées et herbes déjà à la reverdie. Exposés à l’air. A son haleine raide. Où toujours les matins trouvent à sourire. Et nous de quoi tenir jusqu’au soir.

Tenir, oui, tenir. Merci, l’ami.

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21 octobre 2007

grasse ville sculptée

Filed under: écritures — ughes @ 15:02

                                    Par les croisements du clavecin
                                 
                     
au début ce sont                                                                            formes
venues d’une géométrie                                                              de la mort
arêtes                                                                                              de  tombes presque
un néant aux ailes                                                                         emprisonnées

et c’est presque                                                                              sans méfiance

                                                 par des blessures acharnées que la vie prend forme

la ville soudainement éventrée à ciel ouvert offre aux yeux poudrés une césarienne de marbre balustrades bousculées finalement battues en brèche par ces marteaux-piqueurs plantés dans le col d’un utérus blanc vierge et reconnaissant l’azur
masques d’outils faisant des êtres assoifés essouflés courbés sur leur ligne blanche de soda écrasés sous le socle enserrés dans la courbe des formes premières
une naissance à voir en direct dans le dénouement violent le dévouement offert en lieu
et place
comme un café et la rotation comme un saut dans le vide

et puis les caresse en finition la dentelle au vent ou bien la croupe polie dans l’ascension de Babel le trouble des langues différentes mises en carré pour dire la vie érigée en totem cube puis oeuf martelé de soleil

forme enfin acceptée acceptant son géniteur en sa conque de douleurs
dans la clarté des autres.

yves ughes,
lors du symposium de sculpure de Grasse, en 2007.
Pour les sculpeurs qui ont oeuvré sur le cours, en pleine chaleur.
Et notamment pour Gé Pellini, en photo ci-dessus, en train de creuser son bloc en corolle.

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3 octobre 2007

colle di nava

Filed under: écritures — ughes @ 18:10

http://ughes.podemus.net/SANY1254(1).jpg

Nei miei occhi
 stamani
 lungo la strada
che conduce al colle
c’eri anche tu
Eri con me, a Cantarana
tra viottoli,
piccole aie
le case in pietra
e le imposte chuise
l’anima tua saltellava
tra i sassi bianchi del fiume
chiari, come ritratti d’infanzia
Stamani
in un mattino di rugiada diamante
nelle delicatezza del desiderio di un dono
per te ho accarezzato le foglie
ho sorriso alle pietre
ho contato le api
e all’ombra et al riparo
di un abete gigante
ho seminato e annaffiato
l’eterno seme della memoria
Paola Bonetti 7 Luglio 2007

dans mes yeux
aujourd’hui
le long de la route qui conduit
au col
tu étais là aussi
tu étais avec moi
au lieu-dit Cantarana
entre sentiers petites aires
les maisons de pierre
aux volets fermés
ton âme sautillait
entre les pierres
blanches du fleuve
claires
comme portraits
d’enfance aujourd’hui
dans ce matin de rosée
taillée en diamant dans
la délicatesse d’un désir
de don
pour toi j’ai caressé
les feuilles j’ai souri
aux pierres j’ai compté
les abeilles et à l’ombre
et à l’abri
d’un sapin géant
j’ai semé et arrosé le germe perpétuel
de la mémoire

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29 janvier 2007

j’aimerais pouvoir dire le mot “aurore”

Filed under: écritures — ughes @ 0:25

ce soir j’aimerais pouvoir écrire le mot "aurore", parce que cet instant  traverse ma mémoire.
mais je ne le peux, écrasé par  une constante de la langue  : l’usure…le mot fait cliché, la  photo fait chromo…me voici donc coincé entre poncifs et carte postale
et pourtant  cet instant est.
la langue s’use d’elle-même, et les maîtres de l’arrogance savent bien nous piéger dans de savantes compositions  Ils nous pensent
Et puis il y a les phrases fortes qui sont devenues "citations"…cela s’appelle l’aurore dit l’Electre de Giraudoux et reviennent  en mémoire  les Parfums éclos d’une  couvée d’aurores de l’ami Eluard…Comment dire dès lors ?

Reste l’idée de guerre
de guerre qui se mène dans la langue même  Notion chère à Meschonnic, qui évoque  dans La rime et la vie, un instant fondé  sur un superbe  contre-sens: lors de la guerre 14-18, des soldats Bretons ne connaissant pas le français, gémissaient dans leurs blessures "da-guer", ce qui signifie "à la maison", un officier passant par là comprit  daguer et prit cela pour la volonté d’en découdre de nouveau.
Et  Henri Meschonnic nous livre cette analyse :
"contre-sens horrible, l’incompréhension constitutive de l’anecdote présente comme une allégorie  le non-rapport, le non-contact entre un langage qui devient silence tant il est inentendu, et le bruit du monde, du monde en guerre, qui ne peut plus même entendre autre chose que lui-même, et croit se reconnaître dans l’autre en se projetant sur lui jusqu’à l’anéantir.
La guerre dans le langage est cette guerre-là.

Et la poésie est dans ce mouvement-là. Aurore au Kilowatt/heure, prêtant ses pylônes et leurs fils  à l’inentendu.

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7 janvier 2007

birds

Filed under: écritures — ughes @ 2:33

                                         que la nuit

dessin, peinture et collages sur bois D’Annick Lesimple,
format  40 x  40

et comme conséquence presque prévisible le décollement de la chair dans son étonnement dans l’écartèlement du temps qui
pourtant inaccessible
comme déroute circulaire plainte mélodieuse sur son centre décantée décharnée donc et parce que

éclats du crâne en travaux de formation ralentir travail des os
le verglas d’été maintenant se pose sur les tissus huile faite pour ces grilles et de traits figés balancés

et parce qu’au seuil

d’émergence il sera question pour peu qu’on aille fouiller dans le making off des saisons on y entendra le vacarme des peaux par les galets battues

éclats du silex la confiance est dans la cendre appliquée parce que se reconstituent les formes pariétales au bord de

yves ughes, pour que la nuit
Grasse, le 30 décembre 2006

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25 décembre 2006

l’arche

Filed under: écritures — ughes @ 23:56

à Saint  Vallier de Thiey
l’arche de Ponnadieu.

pendant trois quarts d’heure il nous a fallu descendre dans le sel des pierres

nos pas conjugués sur cette poussière autorisée par le temps  ont su trouver la marque des malheurs et  battre la terre comme la mort

la pente est une peau nourrie de soleil qui se déchire sur une  combe obscure

la lassitude n’a pas de sens dans l’érosion du monde en ce fond de vallée où devait naître la peur l’eau des siècles a creusé la roche comme un pont de repos

tu t’es courbé pour entrer dans la forme du paysage dans ce monde inversé tu as su m’apporter le simple geste qui défait l’eau des lèvres

l’arche est faite pour la nudité.

décapole,
éditions de l’Amourier, 2002

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29 novembre 2006

il diavolo sulle colline

Filed under: écritures — ughes @ 20:12

sulle colline bruciate

d’emblée au bout des ceps
dans l’incision
s’assignerait la ville destination acceptée et qui serait vecteur vers l’Amérique
y trouver le lieu pour affronter Moby Dick
le chant qui n’accepterait pas l’échouement
et comme il se doit

on donnera ce qu’il faut de coups de pieds dans
la densité sonore odorante du lieu
là où les catastrophes sont toujours signes
dressés venus du fond convulsions de grappes et
d’organes impérieux
sont bues ici les senteurs âpres et âcres seules les aisselles ne sont pas avares
on s’entend dire que sous la fenêtre l’ami poilu
s’est encore fait sentir
les rails participent désormais à l’ivresse panique
de la nuit quand le bouc baisse les cornes tend
le sexe et que les cuisses du viaduc s’ouvrent
capables d’attendre

yves ughes
pour un cahier présentant  12 photographies de Frédérice Lefeuvre, prises dans le pays de Cesare Pavese.

sulle colline brucciate
Les Cahiers du Chêne rouge

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14 octobre 2006

les ratures à vif

Filed under: écritures — ughes @ 0:26

 

Présentation de

par les ratures du corps

Mouans Sartoux, le Mardi 26 septembre 06

Les fins de mois sont poétiques, rencontres animées par Patrick Joquel

Il faut avoir sans doute beaucoup de prétention ou d’orgueil pour prétendre écrire un livre, plus encore pour le présenter, le défendre et le commenter.

Au nom de quoi parler de soi à travers un texte ? Au nom de quoi continuer de parler de soi à partir d’un texte qui parle déjà de soi ?

A cette prétention on peut opposer non pas quelques raisons, mais certaines excuses.

pour voir la suite de l’intervention…

par les ratures du corps, Editions del’Amourier, 2005, 223, route du col saint  Roch, 06 390 Coaraze. 17 €uros. Site : Amourier.com

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