Ecritures et Ratures, partages proposés par yves ughes

essayages

17 août 2007

Grasse ou la conscience des vitraux

Filed under: anthologie — ughes @ 21:50

      les heures ont passé tout en nous apprenant la rupture des gestes la vigne s’est imposée aux rumeurs de la terre

    ton deuil s’est défait dans le temps la marche a maintenant trouvé la discipline des mots par des arcs de cercle égaux  nous nous dirigeons vers la périphérie où se dressent des tables
       depuis l’antiquité noirs de morts accumulés les cyprès ont occupé la terre et tiré de nos sols leurs soupirs ici pourtant cette joie par laquelle tout homme redevient sarment
        sur la colline se dessinent les murs de la prison comme un trait collectif  dans la roche
      le ciel sent la buanderie comme les couloirs de la maison d’arrêt où passent des hommes de laine et de cendres parts de nous-mêmes que nous devons reconnaître ils portent aussi des paroles renaissantes
      du périmètre nous reviendrons vers le centre de ces artères en rosace sur l’entonnoir des toits la patience des saisons
       s’entrevoit parfois un ciel furtif  dont la légèreté imprègne la ville par-delà trois ponts successifs       
       dans la palpitation du sens se dessine la cité contractée en son centre elle se déploie alentour la parcourir c’est aller de la parole étale vers la tension du verbe la nuit indiquant la place un lumignon qui fume à peine
       la montée se fait dans le massacre des siècles sur les plis de l’innocence se marquent les pas on voit des clous de cuivre qui scellent les pavés comme un jeu de forces sur le vide
     dans l’inquiétude des cours intérieures s’est établi le silence des oliviers par delà  le doute il annonce la plénitude
        ces visages en vitrines percent peut  être le mystère de ce corps traîné qui peut se défaire à tout instant

         tu fais taire l’orgueil  pour que soit admis le geste de l'’eau

         le linceul du pavé en cet endroit accrédite notre présence et la multiplie
         d’une place à l’autre des herbes aux aires s’agencent en degrés des instants où les portes sont détournées de réduit la distance qui fut ma peine
          dans cette nef à la coque inversée l’homme peut admettre la conscience des vitraux elle se recompose là où les fibres de lumière convergent de même peut s’accepter la grâce de vivre.

yves ughes. Décapole,  texte publié en 2002, par L’Amourier éditions.
      
        

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9 octobre 2006

tables

Filed under: anthologie — ughes @ 18:45

 

 

la nuit se gagne au mérite avec elle s’apaise l’homme de goudron aux prunelles collantes

agripée aux cornes des vagues sa femme retrouve ses odeurs d’origine se devine le sexe d’un taureau de la mer

dans cet excès même la vie peut se concevoir après le bain les corps dans le gant de la nuit parlent d’accoutumance au bien-être comme actions de grâce

une fois mâché le bruit des galets le repas se prend en communauté autour des tables millénaires

le partage n’est pas d’hier.

(extrait de Décapole, recueil publié au coeur de l’hiver deux mille deux sur vélin Palatina cent grammes de chez Fabriano)

 

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