Grasse ou la conscience des vitraux
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les heures ont passé tout en nous apprenant la rupture des gestes la vigne s’est imposée aux rumeurs de la terre
ton deuil s’est défait dans le temps la marche a maintenant trouvé la discipline des mots par des arcs de cercle égaux nous nous dirigeons vers la périphérie où se dressent des tables
depuis l’antiquité noirs de morts accumulés les cyprès ont occupé la terre et tiré de nos sols leurs soupirs ici pourtant cette joie par laquelle tout homme redevient sarment
sur la colline se dessinent les murs de la prison comme un trait collectif dans la roche
le ciel sent la buanderie comme les couloirs de la maison d’arrêt où passent des hommes de laine et de cendres parts de nous-mêmes que nous devons reconnaître ils portent aussi des paroles renaissantes
du périmètre nous reviendrons vers le centre de ces artères en rosace sur l’entonnoir des toits la patience des saisons
s’entrevoit parfois un ciel furtif dont la légèreté imprègne la ville par-delà trois ponts successifs
dans la palpitation du sens se dessine la cité contractée en son centre elle se déploie alentour la parcourir c’est aller de la parole étale vers la tension du verbe la nuit indiquant la place un lumignon qui fume à peine
la montée se fait dans le massacre des siècles sur les plis de l’innocence se marquent les pas on voit des clous de cuivre qui scellent les pavés comme un jeu de forces sur le vide
dans l’inquiétude des cours intérieures s’est établi le silence des oliviers par delà le doute il annonce la plénitude
ces visages en vitrines percent peut être le mystère de ce corps traîné qui peut se défaire à tout instant
tu fais taire l’orgueil pour que soit admis le geste de l'’eau
le linceul du pavé en cet endroit accrédite notre présence et la multiplie
d’une place à l’autre des herbes aux aires s’agencent en degrés des instants où les portes sont détournées de réduit la distance qui fut ma peine
dans cette nef à la coque inversée l’homme peut admettre la conscience des vitraux elle se recompose là où les fibres de lumière convergent de même peut s’accepter la grâce de vivre.
yves ughes. Décapole, texte publié en 2002, par L’Amourier éditions.

