Ecritures et Ratures, partages proposés par yves ughes

essayages

16 décembre 2007

une part de ville

Filed under: en vrac - mise à quai — ughes @ 22:53

photo transmise par Annick Lesimple

    ici en août la ville n’est jamais très loin dans son expansion verticale mais elle est une cité clémente qui sait accueillir les voix mêlées et tressées au coin des rues
    il est donc un amour qui dure douloureux comme les vagues par delà les nausées du soir comme elles traversant la nuit
    par la taille saisie tu incurves le ciel et tu fais de mes paumes les dépositaires du sel les larmes donnent le goût des courbes

    tirée de la moiteur des jours la nudité s’est imposée comme réponse solaire à la terrasse des cafés les turbulences naguère requises s’affichent inopérantes et vaines
    ainsi paresse la lumière

    que la nuit tombe dans mon verre et dans vin renaisse le geste accompli tire sa légitimité de sa durée infime
    je peux désormais composer avec les éclairs pourpres comme avec les voix parallèles de l’imposture.

yves ughes
Décopole.
L’Amourier éditions. 2002.

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10 décembre 2007

dans les ramas

Filed under: écritures, en vrac - mise à quai — ughes @ 22:37

c’est un lieu, le lieu de culte de l’Eglise Réformée de Grasse, mais également un lieu culturel accueillant chaque mois conférences, rencontres musicales et poétiques.
Ce 29 novembre, c’est Alain Freixe qui présentait son dernier livre -publié aux Editions de l’Amourier-, dans les ramas.
Présentation par Jean-Marie Barnaud, évocation pudique et profonde des années de travail commun.
Explication du titre.
Présentation de nombreux extraits.
Lecture âpre, intense.
Et toujours cette question lancinante du noir, de la mélancolie, de la gravité.
Finalement, encore et pourquoi "des poètes en ces temps de détresse ?"

un extrait, comme approche possible :
Le froid,

je l’ai revu dans les terres blanches. Rondes de neige tombée. De silence amassé. De lumière décolorée. J’ai peur. C’est la fatigue. Alors je reste près des arbres. Sous le ciel blanc. J’attends que passent les mots qui dans la bouche tordent la gorge sur soi. Desserrent la trachée. La lavent. Et roulent jusqu’aux dents. S’amassent sous la langue.
Plus tard, on toussera. On crachera même quelques traces, histoire d’éclaircir le coeur à ces blessures.
Et dans notre pas glissé s’inventera la route. Entre blocs de neige glacée, racines arrachées et herbes déjà à la reverdie. Exposés à l’air. A son haleine raide. Où toujours les matins trouvent à sourire. Et nous de quoi tenir jusqu’au soir.

Tenir, oui, tenir. Merci, l’ami.

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9 décembre 2007

une vue brève

Filed under: choses lues, en vrac - mise à quai — ughes @ 18:32

(photo prise par Annick Lesimple)

le grand changement, ce matin, c’est à l’azur que tu le dois et au simple triangle blanc haut jeté plein sur dans le ciel à cent quatre-vingts kilomètres d’ici. Il ne se voit qu’aux petits matins de mistral., tangentement éclairé par le soleil, lorsque le vent en fin de nuit monte la Corse au-dessus de l’horizon et la suspend quelques minutes sur l’eau comme une aile qui rosit un peu. Les chanceux la retrouveront plus tard dans l’après-midi bleue, selon les caprices du vent. les chanceux ou les purs. Car si la pureté  veut dire quelque chose, c’est  à cela qu’elle ressemble, à ce que qui se donne là-bas. et qui se donne seulement à la vue : on ne peut rien lui prendre ni lui ôter ; rien lui ajouter. Elle brille dans cette distance par-dessus les crêtes d’écume qu’on distingue sur la mer proche et encore un peu derrière les cailloux de Lérins, et qui s’estompent plus loin au grand large dans une vapeur de lumière. Elle se dresse comme une cariatide blanche aux portes du ciel. Et puis elle se dérobe. L’horizon se ferme. Mais on se sent léger pour des jours, et la clarté continue de tourner doucement dans sa tête.

Jean-Marie Barnaud. Récits de la vie brève. Ed. de l’Amourier. 2004. "rue piétonne".

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