Pavese - castellaras
Cesare Pavese, parfois, nous donne des textes en forme de protection, castellaras à investir.
Nocturne
La colline est nocturne, dans le ciel transparent.
Ta tête s’y enchâsse, elle se meut à peine,
compagne de ce ciel. Tu es comme un nuage
entrevu dans les branches. Dans tes yeux rit
l’étrangeté d’un ciel qui ne t’appartient pas
La colline de terre et de feuillage enferme
dans sa masse noire ton vivant regard,
ta bouche a le pli d’une cavité douce au milieu
des collines lointaines. Tu as l’air de jouer
à la grande colline et à la clarté du ciel :
pour me plaire tu répètes le paysage ancien
et tu le rends plus pur.
Mais ta vie est ailleurs.
Ton tendre sang s’est formé ailleurs.
Les mots que tu dis ne trouvent pas d’écho
dans l’âpre tristesse de ce ciel.
Tu n’es rien qu’un nuage très doux, blanc
qui s’est pris une nuit dans les branches anciennes.
Cesare Pavese,
Travailler fatigue.
Collection Poésie/Gallimard. p.58

