Ecritures et Ratures, partages proposés par yves ughes

essayages

18 avril 2008

Cesare Pavese non era un chiacherrone

Filed under: choses lues, en vrac - mise à quai — ughes @ 16:32


(photo Paola Bonetti).

Cesare Pavese non era un chiacherrone, la sua parola non segue questa profusione tomultuosa che la coltura italiana si vede un puo troppo facilmente attribuire…

Cesare Pavese n’était pas un bavard, sa parole ne suit pas cette profusion tumultueuse que l’on attribue un peu trop facilement à la cutlure italienne.

Tels sont les premiers mots d’une conférence que j’ai consacrée à l’oeuvre de Cesare Pavese, ou la trace de la couleuvre.

J’ai eu le plaisir de donner cette conférence à Saint Laurent du Var, lors du Printemps des Poètes.

Puis d’en parler abondamment avec mes amis de Turin, quand ils m’ont invité pour la "Primavera dei Poeti". Superbes instants d’amitié, d’échanges. Comme signe marquant, ces amis avaient organisé un jour entier de découvertes, à Santo Stefano Belbo, ville natale de Pavese.

Sous la Gaminella, nous avons mangé, bu un somptueux Barbera, et nous avons cultivé cette joie que la parole poétique libère. Les liens sont établis, ils se développeront.

pour voir la suite de la conférence, cliquez ici.
pour lire la conférence, version italienne, cliquez ici.

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travail saisi en forme généreuse

Filed under: musique — ughes @ 14:02

on pourrait dire que ce n'est pas un film, mais un concert filmé, ou pourrait prétendre que la caméra aurait pu plus ceci  ou plus cela, on pourrait affirmer que Scorcese aurait pu s'appliquer, travailler avec plus d'attention…on pourrait, on pourrait certes…mais voilà…ce film existe…et tel qu'il se présente il offre bonheur, générosité, et l'essentiel se trouve là.
Un film  à corps perdu, à corps donné surtout.
Corps donnés par lesquels passent l'intensité, une jubilation venue de la transe et l'entretenant.
Travailleurs du son, sculpteurs de l'espace, pour que la joie s'installe dans le creux du noir.
La scène comme un lieu d'errance pour guitares nomades. Se cherchant, s'accordant, repartant vers des quêtes diverses, lointaines.
Et ces instants saisis. Charlie Watts soufflant après une prestation époustouflante. Puis un sourire. Toujours dans la dignité du retrait bienveillant.
Les fronts de Jagger et de Richards, se posant l'un sur l'autre, dans un moment furtif de connivence.
Et l'excès donné dans l'excès.
Pas d'économie, la peau ne sera pas peau de chagrin. Tout en extension, en étirements, en délires. en débords.
Il convient donc de dire tout simplement merci à Marty. Il s'est bien gardé d'un rôle égocentré présentant des capacités appuyés. Il vit dans la modestie, la présence humble de celui qui se trouve transporté par son sujet. Il faut posséder une maîtrise esthétique rare pour se laisser ainsi envahir par le spectacle approché.
Et pour donner à voir en s'effaçant.
Tout en exerçant l'oeil du spectateur.

Former, offrir et partager des joies, la démarche mérite d'être soulignée, en ces temps de parcimonie et calculs petits.

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24 février 2008

couloir

Filed under: écritures, en vrac - mise à quai — ughes @ 17:42

Annick Lesimple. Histoire vraie.

en écho, ce texte :

Couloir

dans le déhanchement des temps s’installait le réveil des heures malades et je m’en allais avec pour tout culte du corps un simple gospel
dans les cris acquis : un refus éraillé des amis des êtres

ces syllabes conçues comme cordons ombilicaux pendaient après coup sur des cuisses alanguies
répétées répercutées sur des murs troubles

installé comme à chaque fois que tu m’appelles
ô chant du désert tel un égorgement dans le sable ce cri de sang ce déhanchement du temps et des voix amies
cette façon de glisser le long des parois vocales et des cordes par les sons frottées

et tu seras là au bout des couloirs comme transfusion donnée par des poches rauques et saines

tu seras

déchirement du malheur et tempo à la fois accessible dans le temps cireux des caravanes des oasis conçues dans la raucité
arrachées puis attachées remontant de là comme de tes hanches amoindries
pour aller vers le choeur donné par les autres
crépusculaires et d’aurore pourtant

tu seras l’arc donné
fournie par ces cheveux au loin défaits et ces hanches courbées dans l’offrande d’un jour
ô mon amour remontée de tes chambres et retranscrite en masques stériles
ainsi déhanchée sur fond blanc

tu iras
riras dans le grès des vases horaires jour après jour modelée
au gré des veines sur tes temps dessinées

en lettres accomplies
sur la fin des temps

Ecrit ce jour, cette nuit
en écoutant Amy Winehouse
Yes I’have been black when I came back no no no

yves ughes
le 16 février 08

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3 février 2008

l’autre et l’identité

Filed under: en vrac - mise à quai — ughes @ 16:57

Il est des livres de santé publique. Celui-ci aurait pu être polémique et rageur, il relève tout simplement du bien-être. Il se constitue
dans l’équilibre et la générosité.

"Ministère de l’identité nationale, de l’immigration et du co-développement", ainsi se nomme l’héritage honteux qu’une campagne électorale populiste et fondée sur la peur nous a légué.
Un Ministère comme un mur, une forteresse verbale érigée pour rassurer. Avec la force de l’évidence et du "bon sens".
Dans ce livre au contraire l’identité est subtilement et finement saisie dans sa complexité contemporaine. Nous savons tous que nous sommes tissus métissés. Le nier revient à se renier. Notre vie ne peut s’inscrire que dans cet échange qui nous change à tout moment.
Une des richesses les plus fragiles de l’identité, personnelle ou collective, et les plus précieuses aussi, est que, d’évidence, elle se développe et se renforce de manière continue -nulle part on ne rencontre de fixité identitaire- mais aussi qu’elle ne saurait s’établir ni se rassurer à partir de règles, d’édits, de lois qui en fonderaient d’autorité la nature ou qui garantiraient par la force la pérennité de celle-ci"

(pour lire la suite de cette note de lecture parue dans l’hebdomadaire "Le Patriote Côte d’Azur", cliquez ici.

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27 janvier 2008

encart

Filed under: Inclassable — ughes @ 18:26

Photo de l’Aubrac, transmise par Annick Lesimple.
En écho personnel, ce texte de René Char

Encart

Les routes quie ne promettent pas le pays de leur destination sont les routes aimées.

La générosité est une proie facile. Rien n’est plus attaqué, plus confondu, difffamé qu’elle. Générosité qui crée nos bourreaux futurs, nos resserrements, des rêves écrits à la craie, mais aussi la chaleur qui une fois reçoit et, deux fois donne.

Il n’y a plus de peuple-trésor, mais, de proche en proche, le savoir-vivre infini de l’éclaire pour les survivants de ce peuple.

La pluie, école de croissance, rapetisse la vitre par où nous l’observons.

Nous demandons à l’imprévisible de décevoir l’attendu. Deux étrangers acharnés à se contredire -et à se fondre ensemble si leur rencontre aboutissait !

En amour, en poésie, la neige n’est pas la louve de janvier, mais la perdrix du renouveau.

Le Nu perdu.
Editions de la Pléiade, page 466

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Michel Ménaché, buée des vitres et pages blanches.

Filed under: en vrac - mise à quai — ughes @ 18:14


Photo prise par Didier Devos.

le vendredi 11 janvier, l’Association Podio et la Maison de la Poésie de Grasse recevaient Michel Ménaché.

Michel Ménaché présente une oeuvre poétique conséquente et venant de loin. Elle se double d’une activité littéraire intense et d’une préoccuption sociale appuyée.
Partant de sa souche matricielle, cette oeuvre se frotte à la parole des autres (comme ce fut le cas dans un échange d’écritures avec Les Pêcheurs du Léman). Elle nourrit un arrière-plan théorique qui s’appuie sur de nombreuses d’approches critiques. Les publications sont à la fois nombreuses et fidèles à des revues de permanence,  Europe notamment.

Richesse et profusion qu’il a apportées à Grasse, dans le cadre des rencontres organisées à la Maison de la Poésie. L’association Podio l’avait invité, sachant que son propos allait s’intégrer au cycle de conférences inauguré il y a 23 ans : la poésie se partage, sans ostentation, avec richesse humaine et parole authentique.

La soirée s’est déroulée en simple et intense bonheur , des phrases résonnent encore de leur force sonore et insolite :
on découvre notre vraie nature de ratages en ratures.
elle rit au centuple de son silence.
Il y eut la buée des vitres avant la page blanche…la mémoire vient avec l’encre…

La poésie de M. Ménaché ne peut se détourner de la vie du monde, Louise Michel, Che Guévara, Lumumba, les héros de jeunesse ont émergé. Même s’il a fallu plus tard dans l’oeuvre passer d’un lyrisme donné à un lyrisme aride. La méfiance s’installant face aux systèmes et dans les mots.
Rien pourtant ne saurait détourner les textes d’une nécessaire et ndispensable réflexion sociale. En témoignent ces textes personnels troués de coupure de presse, qui disent la logique implacable du monde de la finance et du capitalisme dominant.

Une soirée ouverte donc, nourrie de riches et franches confrontations. Une façon de dire que ces rencontres doivent perdurer et se multiplier…
Après la rencontre, à chacun de faire sa route tant il est vrai que toujours on  "écrit à partir de ses silences"

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Jean-Marie Barnaud : Claude Simon, l’écriture et la survie.

Filed under: en vrac - mise à quai — ughes @ 17:46

le vendredi 18 janvier, à la Bibliothèque Municipale à Vocation Régionale, Jean-Marie Barnaud a présenté une conférence sur l’oeuvre de Claude Simon.

Cette action s’est déroulée dans le cadre d’un partenariat avec l’Association Podio, pour la défense et l’llustration de la poésie. L’association compte plus de 80 interventions de ce type, sur la poésie et la littérature contemporaines. Le plus souvent, ce sont des poètes qui abordent des oeuvres interrogeant  leur propre approche poétique.

Jean-Marie Barnaud n’a pas manqué d’illustrer cette heureuse façon d’approcher les textes, comme nourri lui-même par le rythme de la phrase Simonienne il a livré avec retenue et enthousiasme des analyses critiques abondantes, comme autant de voies d’accès dans une oeuvre réputée exigeante.

La guerre se présente dans les textes de Claude Simon comme un événement fondateur. Elle pourrait être paralysante, stérile, comment écrire après l’horreur, comment faire des livres après Auschwitz ? la question se pose à tous les auteurs de l’après-guerre. Pour Claude Simon l’écriture est intimement liée à la survie. Elle s’inscrira tout d’abord dans une mise en scène épique, rongée de l’intérieur. Et J-M Barnaud n’a pas manqué d’insister sur cette notion de "grotesque triste" qui s’inscrit dans une mouvement allant de Don Quichotte à Madame Bovary, et qui mêle intimement esprit chevaleresque et ridicule.
il convient en effet d’interroger l’Histoire, pour susciter un salutaire retournement.
A se travailler elle-même, dans cette "écriture au présent", la pratique littéraire trouve son propre rythme de phrase. De la viendra l’ampleur nécessaire, souhaitée, cette respiration élémentaire qui nous permet de vivre. "La puissance, la beauté du monde ne manqueront pas de faire leur retour". Donnée par la vie, dans la vie, s’offrira l’éblouissement, livré malgré tout par notre espace. Apparition/disparition. "La mélancolie Simonienne n’existerait pas s’il n’y avait pas cette "avidité du monde". Avidité d’emblée donnée. Mais que seuls  des textes portés par la contradiction peuvent capter . "l’écriture doit prendre le risque de l’insaisissable et doit continuer d’être comprise". A l’auteur donc de travailler dans l’incomplétude de la phrase.

Une conférence conduite donc comme un moment de bonheur suspendu, nous ramenant plus forts dans les bruits de la ville.

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linea di confine

Filed under: écritures, en vrac - mise à quai — ughes @ 13:14

Per trastullarci un po’ io e te
A
ssistando mia madre in ospedale.

Dolcissima e smarrita creatura
Io so perché tu adori i mandarini
I mandarini profumano di allegria
Aroma familiare
Che vorrei sempre addosso

Per ogni spicchio che ti porgo annuisci
per ogni spicchio abbozzi un sorriso
Due mandarini
per inventare un gioco
per profumar la notte,
e trastullarci un po’, io e te

Spengo la luce ora
mi avvologo di silenzio
Qui è l’intimità
dove si appoggeranno i sensi,
dove acqua e sale scorreranno in viso
il tempo che
il blu si porti via l’angoscia

Ecco,
nelle onde della notte
io mi rinnovo
Addosso porto essenza di mandarino
E mille e mille volte passo la mano
su chi
con la sua mano
mi ha riscaldato un tempo

Paola Bonetti. 2 gennaio 2008. Ore 2.30

Pour s’amuser un peu, toi et moi
Assistant ma mère hospitalisée

Très douce et disparue créature
Je sais pourquoi tu adores les mandarines
Des mandarines émane un parfum d’allégresse
Arôme familier
Que je voudrais toujours sur moi

Tu consens à chaque quartier que je te tends
pour chacun des quartiers tu esquisses un sourire
Deux mandarines
pour inventer un jeu
pour parfumer la nuit
pour s’amuser un peu, toi et moi

J’étais maintenant la lumière
et m’enveloppe de silence
Ici est l’intimité
dans laquelle s’appuieront les sens,
d’où l’eau et le sel glisseront sur le visage
le temps que
le bleu emporte l’angoisse

Voici,
dans les vagues de la nuit
je me recompose
je porte sur moi l’essence de mandarine
et mille et mille fois je passe ma main
sur celle qui
de sa main
m’a il y a longtemps  réchauffé.

Paola Bonetti. 2 janvier 2008. 2h 30

(j’aime que ce blog soit ainsi troué par des langues différentes. Et par diverses approches poétiques. celle de Paola saisit des instants infinitésimaux, par glissements successifs. Qu’elle soit remerciée pour la confiance mise en ma traduction)

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16 décembre 2007

une part de ville

Filed under: en vrac - mise à quai — ughes @ 22:53

photo transmise par Annick Lesimple

    ici en août la ville n’est jamais très loin dans son expansion verticale mais elle est une cité clémente qui sait accueillir les voix mêlées et tressées au coin des rues
    il est donc un amour qui dure douloureux comme les vagues par delà les nausées du soir comme elles traversant la nuit
    par la taille saisie tu incurves le ciel et tu fais de mes paumes les dépositaires du sel les larmes donnent le goût des courbes

    tirée de la moiteur des jours la nudité s’est imposée comme réponse solaire à la terrasse des cafés les turbulences naguère requises s’affichent inopérantes et vaines
    ainsi paresse la lumière

    que la nuit tombe dans mon verre et dans vin renaisse le geste accompli tire sa légitimité de sa durée infime
    je peux désormais composer avec les éclairs pourpres comme avec les voix parallèles de l’imposture.

yves ughes
Décopole.
L’Amourier éditions. 2002.

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10 décembre 2007

dans les ramas

Filed under: écritures, en vrac - mise à quai — ughes @ 22:37

c’est un lieu, le lieu de culte de l’Eglise Réformée de Grasse, mais également un lieu culturel accueillant chaque mois conférences, rencontres musicales et poétiques.
Ce 29 novembre, c’est Alain Freixe qui présentait son dernier livre -publié aux Editions de l’Amourier-, dans les ramas.
Présentation par Jean-Marie Barnaud, évocation pudique et profonde des années de travail commun.
Explication du titre.
Présentation de nombreux extraits.
Lecture âpre, intense.
Et toujours cette question lancinante du noir, de la mélancolie, de la gravité.
Finalement, encore et pourquoi "des poètes en ces temps de détresse ?"

un extrait, comme approche possible :
Le froid,

je l’ai revu dans les terres blanches. Rondes de neige tombée. De silence amassé. De lumière décolorée. J’ai peur. C’est la fatigue. Alors je reste près des arbres. Sous le ciel blanc. J’attends que passent les mots qui dans la bouche tordent la gorge sur soi. Desserrent la trachée. La lavent. Et roulent jusqu’aux dents. S’amassent sous la langue.
Plus tard, on toussera. On crachera même quelques traces, histoire d’éclaircir le coeur à ces blessures.
Et dans notre pas glissé s’inventera la route. Entre blocs de neige glacée, racines arrachées et herbes déjà à la reverdie. Exposés à l’air. A son haleine raide. Où toujours les matins trouvent à sourire. Et nous de quoi tenir jusqu’au soir.

Tenir, oui, tenir. Merci, l’ami.

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